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Alors heureuse... croient-ils! – Premières pages


Avertissement


L’intérêt pour le sexe remonte, pour la plupart d’entre nous, aussi loin que les souvenirs eux-mêmes. Cet axe majeur de notre vie se construit dès l’enfance, peu à peu, au gré des occasions qui se présentent ou que nous provoquons, et cette itinérance prend des allures tantôt flamboyantes, tantôt désolantes, mais toujours éminemment singulières. Car les faits sont là: nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour nous tailler des sentiers praticables sur ce grand territoire sauvage. Nos aînés se taisent, embarrassés, aigris ou égoïstes, et même avec nos pairs, les confidences s’arrêtent souvent là où l’embrouille commence.

J’ai tenté de relater ici quelques péripéties, difficultés et surprises, rencontrées par les intrépides qui partent à la découverte du continent mâle - en espérant instruire autrui comme j’aurais voulu qu’on m’instruise moi-même en temps et en heure.
Je parle ici d’amour physique, et uniquement d’amour physique. Le reste est affaire de jugement personnel. Point n’est besoin de cours techniques pour apprendre à suivre son coeur (encore que). Suivre son corps, en revanche, voilà un beau problème.

J’ai classé ces découvertes en une série d'épisodes plus ou moins chronologique qui reflète l'histoire des confrontations avec les différents écueils. Un peu comme dans les travaux d’Hercule, il faut triompher d’un casse-tête après l’autre.
J’ai rassemblé, bien sûr, des témoignages vécus sur la question - j’ai interrogé des amies et des volontaires, des amis et des amants. Loin de me freiner, ils m’ont propulsée bien plus loin que je ne comptais m’aventurer au départ. Leurs griefs étaient grands, et bien de leurs questions restaient irrésolues. Ma timide complainte s’est muée en réquisitoire musclé. J'ai dérivé vers une entreprise de salubrité publique.

Pendant longtemps, j'ai cru que le tableau alarmiste issu de ma petite enquête valait surtout pour ma génération, des quarantenaires ayant du retard à rattraper. Je me figurais qu'aujourd'hui, l'accès bien plus direct aux films, à internet, aux centres de consultation, ainsi que l'assouplissement du mutisme parental devaient rendre plus facile l'insertion des adolescents dans la vie sexuelle. Après quelques coups de sonde, je n'en suis pas si sûre. L'information est là, mais ce n'est pas la bonne, ou il y en a trop, ou elle est trompeuse, ou il y manque l'essentiel, et on ne sait qu'en faire. Le résultat: presque autant qu'avant, la sexualité est loin de ce qu'elle pourrait être, les femmes ne jouissent pas, ou mal, ou seules, ou elles simulent, les hommes ne savent pas sur quel pied danser, les couples se figent dans des compromis aberrants.

Je ne prétends pas brosser un tableau fidèle des grandeurs et misères sexuelles d'une société. Je ne fais que rendre quelques échos, épars mais significatifs, de ce qui est parvenu jusqu'à mes oreilles. Ce sont des expériences parfois enivrantes, parfois calamiteuses, qui pourront peut-être éclairer quelques lanternes, encourager quelques recherches, débloquer quelques dialogues.

Si j'utilise l'humour et la caricature, plongeant allègrement dans la mauvaise foi, c'est pour mieux réveiller ceux qui s'y prennent mal et pour contribuer à résoudre le problème. Quel problème? Bon nombre de femmes n'ont jamais joui. Un plus grand nombre encore fonctionne en solitaire. Le plaisir dans le couple fait presque figure d'exception. Après cinquante ans d'émancipation et de développement personnel, on était en droit d'attendre de plus fréquents feux d'artifice...

Ce livre n'est pas un roman. Ni une autofiction. Ni un récit. Ni un essai. Il pourrait porter quarante signature. Ou deux mille. C'est le simple coup de gueule des femmes qui ont ramé – et rament encore - pour trouver le plaisir. On y malmène les hommes tant qu'on peut – enfin, tous ceux qui n'ont rien compris - en vue de l'amélioration des comportements. Que les autres ne soient pas vexés; c'est grâce à eux que le bonheur existe.

Au moment de publier, je m’interroge. Est-ce bien à moi de taper du poing sur la table? Au fond, je ne vois pas pourquoi. Je devrais faire comme tout le monde et disserter sur la mondialisation.
Seulement voilà, le travail est fait, et tant qu’à l’avoir fait, autant le transmettre à ceux qui voudraient apprendre en s’amusant au lieu de filer à l’aveuglette (en général du bien mauvais coton).
Que les experts me pardonnent. Il faut parfois que quelqu’un se dévoue.





PREMIERE PARTIE : DES DIFFICULTES DE L’APPRENTISSAGE


1. Les moyens du bord

Quand nous étions très jeunes, souvenez-vous, les garçons et les filles étaient tenus soigneusement séparés pour éviter qu'il ne leur vienne l'idée de se lancer dans des manœuvres malpropres tenues pour "pas de leur âge".
Par conséquent, les filles s'arrangeaient pour faire leurs jeux sales entre elles, et les garçons aussi.
Simplement, il fallait pourvoir soi-même à certains rôles.

Le sexe étant à l'évidence le seul mystère durable sur cette planète, nous le mettions en scène dans de nombreuses variantes, et avec beaucoup d'entrain. Après le papa et la maman venaient le docteur et la malade, le facteur et la ménagère, le chanteur et la groupie, le patron et la secrétaire, le camionneur et l’auto-stoppeuse, Ulysse et la sirène, voire l’astronaute et l’extra-terrestre.
Comme nous affichions toutes une prédilection pour jouer le rôle féminin (déjà le désir d’être convoitée), il fallait instaurer des tours équitables, parfois à la minute près, pour assurer le personnage du séducteur. Quand arrivait la grande scène du baiser, il se trouvait toujours une des protagonistes pour glisser sa main sur sa bouche avant le contact, même si les provocations allaient bon train. Comme dans ce jeu où des conducteurs fous roulent vers le précipice pour s’éjecter au tout dernier moment, celle qui s'était protégée la première n’était qu’une mijaurée.

Le baiser véritable, pourtant, n'offrait pas toujours matière à fantasmer. Nathalie, par exemple, à cause d'un contact prématuré avec une autre salive lorsqu'elle était à l'école maternelle, avait considérablement perdu de son intérêt pour les rencontres au sommet . Un jour, dans la cour de récréation, alors que son rang croisait celui d'une autre classe dans laquelle elle avait une amie, et qu’elles se rapprochaient en faisant des grimaces, l'une des deux avait lancé: « On se touche les langues ».
Curieusement, aucune n'avait triché, et leurs langues s'étaient télescopées dans une espèce d'affreux tamponnement baveux dont Nathalie avait gardé le plus mauvais souvenir, à peu près l’impression d’emboutir un museau de vache. De là, elle conçut de vifs soupçons sur les mines en pâmoison qui accompagnent les baisers présentés dans les films. De la manipulation pure et simple, à n'en pas douter, du bourrage de crâne. Forte de son expérience, elle jura solennellement que le baiser profond serait une pratique à laquelle elle ne s’abaisserait jamais de la vie.

Elle n'en participait pas moins aux jeux dont tout semble indiquer qu'ils sont précisément "de cet âge". Outre le faux baiser, on ne manquait pas de se vautrer l'une sur l'autre, quoique tout habillées, pour mimer l’acte reproducteur,. Le strip-tease était un exercice spécial, un sommet de perversité, réservé à quelques cas particuliers: la consultation chez le docteur, le numéro de music-hall (avec soutien-gorge rembourré) et, comble du comble, le pari suprême: la provocation à la fenêtre (se mettre toute nue et ouvrir les rideaux au moins un quart de seconde).
Incroyable, tout de même, dès le plus jeune âge, ce statut unique, quasiment religieux, du déshabillage. Performance de l'éducation pudibonde qui était la nôtre? Ou vice atavique? Dans les tribus d'Amazonie qui vivent nues, c'est peut-être le vêtement qui fait office de perversité...
Dès qu'une mère entrait et nous trouvait dans des positions incongrues, ou tapies dans l’obscurité, nous avions l'imagination fertile pour expliquer l'innocence de nos jeux. Nous jouions à cache-cache dans le noir, nous mimions le Carnaval de Rio et, si la trouble-fête fronçait les sourcils, elle ne prouvait qu’une chose, c’est qu’elle avait l’esprit mal tourné.

Innocents, nos jeux de filles l’étaient vraiment s’il faut en juger par l’obscénité déployée du côté des garçons (nous ne l’apprîmes que bien plus tard). Pendant que nous procédions à nos jeux de rôles sophistiqués, ces chenapans passaient tout simplement leur temps à se tripoter le zizi, s’encourageant les uns les autres à le stimuler pour qu’il grandisse, se masturbant en groupe et en cadence sur du Michel Fugain (T’as le bonjour du printemps), organisant dès que la chose devenait possible des concours pour celui qui réussissait le plus long jet ou le plus volumineux (dans un bocal gradué), et autres trouvailles également subtiles. Les plus hardis jouaient à la vache. Tout nus, à quatre pattes, ils se faisaient manipuler par un préposé à la traite qui secouait leurs couilles en guise de pis et tirait sur le prépuce pris comme mamelle. Mais, bon sang, que faisaient donc les parents?