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La révolution du plaisir féminin – Première pages

Avant-propos

Heureuse qui comme Ulysse…


Dans l’Odyssée, Ulysse voyage pendant dix ans alors qu’il était parti pour une simple traversée de la Méditerranée. Insensiblement, les vents se dérèglent, il rencontre plus d’îles qu’il n’en imaginait et chacune le retient une semaine, un mois ou un an. Ballotté par les dieux qui prennent parti pour ou contre lui, il trace une route en toile de Pollock. À son retour, car il rentre chez lui au bout du compte, il chasse les imposteurs, s’impose par sa bravoure, et retrouve l’amour vrai – même s’il a tâté des galipettes avec nymphes, magiciennes et autres créatures étranges au passage. Ses aventures motivent l’invention de la littérature, du récit de voyage et du road-movie tout en un. Il est le premier héros de la culture occidentale classique.
Et si Ulysse était une femme ?

Imaginez une femme qui chercherait à rejoindre la Femme en elle. Qui devrait rencontrer Circé, Calypso, Nausicaa, Pénélope et les sirènes avant de se connaître ?
Elle aussi ferait un beau voyage…
Nous pourrions le faire ensemble. Quand j’ai mis le cap sur le plaisir féminin, dans un livre précédent1, je ne me doutais pas qu’il m’enverrait me balader si loin. Après des recherches dans la littérature scientifique, et une enquête par questionnaire, je pensais connaître le sujet. Toute la bagarre s’était passée au même endroit, comme la guerre de Troie, et je me voyais déjà rentrée au port. C’était sans compter sur les vents fantaisistes de la réalité. Car le livre a soufflé sur des esprits qui m’ont, à leur tour, insufflé des idées. De messages en coups de fils, de lettres en rendez-vous, mon bateau est parti pour le tour des îles.

J’ai rencontré plus de soixante-dix personnes qui sont autant d’îles dans la mer du plaisir. Une cinquantaine sont des professionnels qui développent la sexualité féminine, à un niveau ou à un autre, une vingtaine sont des femmes qui témoignent d’une expérience de vie particulière. J’aurais pu en rencontrer moins, j’aurais pu en rencontrer beaucoup plus. Je rentre au port après un an d’aventures, simplement parce qu’il faut décharger les soutes du navire de tout ce qui fut récolté et le donner à lire. Déjà, nous en avons pour un fameux volume.

Il y a des chercheurs dans nos îles, qui vont parler d’anatomie, de physiologie, de chirurgie, de trajets nerveux… Ils tracent des cartes afin qu’on s’y retrouve un peu mieux.
Il y a des développeurs ensuite, à la fois des professionnels et des femmes qui parlent d’elles-mêmes. Tous parcourent l’expérience d’une sexualité élargie par rapport à l’idée qu’ils s’en faisaient auparavant. Quelle que soit cette idée, elle n’est jamais si vaste que le champ du possible.
Il y a encore des guérisseurs. Je veux dire des thérapeutes : tous ceux qui répondent à une demande d’amélioration par rapport à un dysfonctionnement, un mal-être, un malaise, quelque chose qui empêche d’exister.
Enfin, il y a des éducateurs, qui consacrent leur vie à enseigner, montrer, diffuser des connaissances simples et claires permettant de s’orienter sans risque et surtout de ne plus se faire obstacle à soi-même.

Dans le voyage d’Ulysse, il y a eu une constante, c’est le bateau – seul moyen de rester sur la mer. Dans la sexualité, il y a aussi une constante, c’est le corps – seul moyen de s’éprouver soi-même.
La plus grande, et à peu près la seule, certitude qu’on ait dans la vie, c’est d’habiter son corps. Elle peut même paraître frustrante, car on aimerait parfois aller voir ailleurs. Mais il vient partout avec nous, c’est forcé, car nous sommes lui et il est nous. Vous n’irez pas vivre de grandes expériences sans lui. S’il existe des possibilités d’éprouver sa liberté en tant qu’être humain, c’est à travers le corps. Et la sexualité offre un champ d’expression et d’expérimentation unique pour cette liberté. J’ai donc choisi de rencontrer des interlocuteurs qui partent du corps comme lieu de réalisation de la sexualité, véhicule parfois léger comme un colibri, parfois bloqué comme une enclume, mais toujours présent. On peut penser la sexualité dans d’autres perspectives : sociologique, politique, psychologique, philosophique. Tous ces niveaux sont passionnants et doivent être étudiés. Mon voyage à moi, c’est d’explorer les bases corporelles individuelles d’un phénomène universel. Je n’ignore pas que le corps est un construit culturel, et il en sera souvent question. Mais je veux rester au plus près de l’expérience de la mer, et non prendre les montgolfières de la conceptualisation – voyage qui n’en est pas moins fabuleux par ailleurs. À chaque trip son véhicule.

Toutes les rencontres sont racontées comme un voyage d’île en île. Chaque île a sa physionomie, son climat, sa langue, ses spécialités. À travers tous ces paysages, vous allez en reconnaître qui vous sont familiers, et d’autres pas du tout. Surtout ne vous arrêtez sur aucune île parce qu’elle serait votre patrie. Et surtout, n’en passez aucune parce qu’elle ne vous concernerait pas. Aucune île n’est la vôtre, parce que votre île c’est vous – et aucune ne vous laissera indifférent, parce que chacune parle aussi de vous. Partez en voyage comme bon vous semble, lisez les chapitres dans l’ordre qui vous arrange, tous les sujets peuvent se comprendre séparément. Que votre parcours soit aussi riche et imprévisible que celui d’Ulysse.



Si Ulysse était une femme, ce serait peut-être Alice au pays des merveilles ?