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Le secret des femmes – Première pages

Faire l'amour, ça ne s'apprend pas, dit-on. Il faut laisser parler la nature. Pour procréer, cela suffit en effet. Les couples ont toujours trouvé leur chemin vers la descendance. Mais pour cultiver le plaisir et l'épanouissement sexuel, la nature n'offre pas de garantie convenable. Pour les femmes, en tout cas, l'accès à l'orgasme n'a rien d'automatique – le chemin peut être inexplicablement long et difficile. À cet égard, les hommes se partagent en deux catégories: ceux qui croient qu'ils savent, et ceux qui savent qu'ils ne savent pas. Car même ceux qui savent ne savent pas. Pas plus que nous. Personne ne sait le fin mot sur la fragile géométrie du plaisir féminin. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas. La raison en est inconnue, et le fait lui-même reste souvent secret – pour le partenaire, pour le reste du monde, généralement pour les deux. Qui d'entre nous parle ouvertement à qui que ce soit de la façon dont elle jouit? On s'étend sur ses cours de fitness, sur sa nouvelle voiture ou sur la rougeole du petit, mais nulle ne tient le blog de ses orgasmes.

En avez-vous? Où, quand, avec qui, comment, depuis quand, est-ce bon? Jamais je n'aurais osé posé ces questions, même à mes amies les plus proches. Tout a commencé autrement. Je voulais raconter de petites histoires sur la découverte de la sexualité. Le premier baiser. Le premier contact. Le premier amant. Je voulais écrire, juste pour rire, un catalogue des frissons et surprises du début. Mais pourquoi s'en tenir à mon maigre répertoire? Des candeurs et des bévues de débutante, chacune en a son lot. J'étais curieuse du palmarès d'autrui. J'ai titillé la confidence auprès de mes amies. Elles ont parlé. On a bien ri. C'est alors que le chemin s'est tracé tout seul sous mes pas. L'évocation des premières fois a tout naturellement mené vers la question du premier orgasme. Et celui-ci n'était pas souvent au rendez-vous. Pas avant longtemps. Ou même jamais. Non, je ne rêvais pas. Au XXIe siècle, dans les femmes de mon entourage, on ne jouissait pas, ou pas souvent, ou pas quand ni comme ni avec qui on l'aurait voulu. Coup de théâtre! La libération sexuelle n'avait libéré que les mœurs, pas le plaisir. La situation semblait alarmante. Et pourtant, l'actualité ne s'en souciait pas. L'unification de l'Europe, la crise financière, les Jeux Olympiques, ça oui. Mais le bonheur des femmes, non. Qu'elles se débrouillent toutes seules.

J'ai rassemblé ces témoignages et confidences dans un volume intitulé Alors heureuse... croient-ils (Le Rocher, 2008), puis j'ai voulu continuer l'enquête de manière plus organisée. J'avais fait entendre des récits sur la nature capricieuse du plaisir féminin, encore fallait-il chercher à la comprendre, et dans la mesure du possible à l'améliorer. Mon travail s'est déroulé en deux volets, simultanés. D'une part, un questionnaire détaillé sur l'orgasme diffusé par Internet a permis d'entendre ce que les femmes ressentent et comment elles vivent l'accès au plaisir. D'autre part, une recherche approfondie dans la littérature scientifique a fait le tri entre ce que l'on sait et ce que l'on ignore encore. Le clitoris, le vagin, le point G, l'orgasme multiple, l'éjaculation féminine, le rôle du cerveau... chaque sujet a ses acquis et ses points d'interrogation. Yves Ferroul m'a aidée à organiser et interpréter cette matière complexe, multiple, foisonnante, bien souvent étonnante. Nous livrons ici le résultat de ce tour d'horizon le plus complet possible sur la question de l'orgasme féminin.
On pourra objecter d'emblée que le plaisir n'est pas le bonheur. Qu'il y a des femmes épanouies sans orgasmes, et des jouisseuses invétérées qui rament dans l'existence. Je veux bien. Mais adoptons une approche minimaliste: l'orgasme, c'est comme l'argent, ça ne fait pas le bonheur, mais ça aide. Et à tout le moins la pénurie pose question. Alors abordons le problème en face.


Hommes et femmes sont loin d'être égaux devant le plaisir sexuel. Selon des enquêtes récentes, 90 à 95% des hommes parviennent toujours ou presque toujours à l'orgasme lors des rapports sexuels. Pour les femmes, un tiers répondent « souvent ou toujours », un tiers « environ une fois sur deux » et un tiers « rarement ou jamais ».
Quelle énorme différence, alors que tant de pas ont été franchis! La révolution sexuelle a assoupli les contraintes morales, allégé les tabous, libéré les mœurs et les discours sur la sexualité. Les études et le travail des femmes ont favorisé leur indépendance économique et le libre choix du partenaire. La contraception a protégé les femmes des grossesses non désirées. Plus récemment, le Viagra a réduit l'incidence des troubles érectiles. Aucun de ces progrès n'a réussi à combler le fossé entre le plaisir des hommes et le plaisir des femmes.

Ce livre a pour ambition de faire le point sur les connaissances objectives et subjectives en matière d'orgasme féminin. Bien que le sujet concerne la moitié de l'humanité depuis la nuit des temps, il est surprenant de voir combien peu de témoignages spontanés, peu d'enquêtes et peu de recherches scientifiques l'ont abordé de manière centrale. L'orgasme féminin est une tache aveugle, qu'on l'envisage sous l'angle de la médecine, de la biologie, de la sociologie, de l'histoire ou de la littérature. On trouvera plus facilement dans la bibliothèque mondiale des renseignements sur la cuisson du riz, sur l'élevage des labradors ou sur le traitement du panaris que sur la façon pour une femme d'atteindre l'extase au lit.
Pour voir aborder la sexualité humaine au laboratoire, et pour y voir consacrer des enquêtes statistiques, il a fallu attendre le milieu du XXe siècle. L'orgasme en particulier, et surtout féminin, est un objet d'études tout récent, au même titre que les trous noirs ou les supraconducteurs. Il n'y aurait peut-être pas lieu de s'y intéresser particulièrement si pour tout le monde cela « marchait » automatiquement. Le fait est que ce n'est pas le cas. Sortir d'un labyrinthe est difficile quand on ne dispose pas de son dessin général et qu'on n'ose pas le demander. On trouvera ici l'ensemble des connaissances actuelles sur l'orgasme féminin. Nous entamerons le panorama par ce qu'on sait sur l'expérience animale et sur les données préhistoriques et historiques, avant d'exposer en détail les données de la science actuelle ainsi que les réponses données par 314 femmes à une enquête ciblée sur l'orgasme tel qu'il est vécu. Voilà qui devrait faire le tour d'un sujet par essence explosif – et ce n'est pas pour le cerner, c'est pour l'encourager à exploser davantage...