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QUATRIEME DE COUVERTURE :: PREMIERES PAGES :: PRESSE























Séismes et volcans – Premières pages

Avant-propos


− Ecrire sur les sciences de la Terre, ça t'intéresserait?
Sophie sait que toutes les sciences m'intéressent, celles du ciel et de la Terre, celles du corps et de l'esprit. Juliette ajoute:
− Ce serait pour le Palais de la découverte.
By Jove! Toute mon enfance. Le planétarium, la salle de Pi, l'azote liquide, le pendule de Foucault, le manège inertiel, la moustache d'Einstein – mille souvenirs me reviennent en vrac. Je suis déjà partante.
− Que dois-je faire?
− Nous te demandons simplement de visiter l'exposition sur les volcans et les tremblements de terre, avec Monica Rotaru, géologue du Palais.
− Une visite guidée pour moi toute seule?
− Pour toi et les lecteurs!
− Où je pourrai poser toutes les questions qui me passent par la tête?
− Et même les autres.
C'est trop beau!

Je veux être sûre de bien comprendre ma mission:
− C'est une sorte de catalogue de l'exposition?
− Non, c'est une visite virtuelle. Le lecteur doit suivre le parcours aussi bien que s'il était sur place.
− Même s'il n'est pas venu?
− Surtout s'il n'est pas venu.
− Vous voulez une expo délocalisable, en somme...
− Et qui, en plus, intègre les commentaires de la géologue, et les questions de la journaliste.
− Vous êtes bien conscientes que je n'y connais rien?
− C'est pourquoi nous t'avons choisie. Tu es le porte-parole de notre lecteur. Tu ne sais rien et tu voudrais comprendre comment fonctionne cette grosse machine appelée Terre.
− Est-ce un projet raisonnable?
− Tu demanderas à Monica.

Introduction


Sophie et Juliette m'impressionnent. Non seulement elles publient des livres de science, démarche intrépide en soi, mais elles en inventent constamment de nouveaux. Un jour, elles m'enverront sur la Lune pour raconter mes tribulations. C'est beau, cette idée de partager ce que la science fricote. Les scientifiques eux-mêmes s'affairent dans leurs labos; ils n'ont guère l'occasion de consigner le récit de leurs aventures - des articles indéchiffrables et rigoureux occupent leur attention. Mais tendez-leur un micro, et c'est tout le suspense de la recherche qui passe dans leurs trémolos joyeux. Il y a un frémissement propre à la conquête de la connaissance, c'est sûr, sinon pourquoi passer des années penché sur un caillou, une molécule ou une bactérie, alors que personne ne vous y oblige? Allons capter ces échos discrets, osons diffuser le doux murmure de l'aventure intellectuelle et le plaisir claquant de la découverte indubitable, oui, hardi les gars, je suis de la partie.

Les sciences de la Terre, je n'en ai pas encore tâté. Une Terra Incognita dans ma géographie mentale. Mais, à y réfléchir un instant, j'ai vu nombre de choses étranges lors de mes voyages. Des geysers en Islande, des fumées au Guatemala, des coulées de lave à Hawaï, des sculptures de pierre au Niger. J'ai toujours pris ces phénomènes pour argent comptant, benoîtement heureuse de rapporter quelques photos insolites. Quelle paresse, tout de même! Maintenant que j'essaie de rassembler mes souvenirs pour ne pas paraître trop bête devant la géologue, je comprends que j'ai dû passer à côté de merveilles inextricables et je regrette déjà de ne pas les avoir regardées plus attentivement. Après ce livre, il faudra que j'y retourne...
Cherchant dans ma bibliothèque de quoi combler mes lacunes, je me trouve bien démunie. Seul le Petit Prince m'accorde un clin d'oeil: « S'ils sont bien ramonés, les volcans brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions. Les éruptions volcaniques sont comme des feux de cheminée. Evidemment, sur notre Terre nous sommes bien trop petits pour ramoner nos volcans. C'est pourquoi ils nous causent des tas d'ennuis. » La géologue sera-t-elle d'accord avec cette théorie?

J'arrive à l'accueil du Palais de la découverte et je demande Monica Rotaru, responsable du département des sciences de la Terre. Je suis dans mes petits souliers. Interroger quelqu'un, c'est bien, mais tout le monde n'a pas le même talent à être interrogé. Il y a les hautains, les pincés, les embrouillés, les enfumés, les techniques, les élastiques, enfin toute une série de styles qui se prêtent mal à la mise à plat simple et sensée. Si ma géologue se montre condescendante ou pressée, je n'oserai pas déployer ma naïveté dans toute sa splendeur, et notre texte en pâtira. Sera-t-elle en jeans-baskets ou en tailleur strict? Croisons les doigts.
Je vois arriver vers moi une femme au sourire lumineux et je suis rassurée. C'est la sympathie dès le premier regard. Jamais je n'aurai peur de son jugement, jamais je ne craindrai de l'ennuyer. Elle est passionnée par ce qu'elle fait et ce projet de livre l'amuse autant que moi. Les conditions sont bétonnées, je suis heureuse, on y va.

Nous traversons le hall du Palais à grandes enjambées. Que cet endroit me plaît! Les coupoles grandioses sont d'habitude réservées aux cathédrales, aux palais royaux, aux musées des Beaux-Arts. Ici, c'est pour mon amie la science qu'on déploie tout ce tralala. Du marbre et des statues comme s'il en pleuvait. Ce n'est pourtant pas cet aspect-là que j'ai retenu de mes visites de jeunesse. Je me souviens surtout des atmosphères recueillies et concentrées qui règnaient lors des conférences. Chaque département possédait une salle où des personnes en tablier blanc venaient expliquer les phénomènes de la nature. J'écoutais les exposés avec passion, me cachant momentanément sous le siège quand le conférencier cherchait un volontaire pour ses expériences d'électricité statique, et regardant ensuite de tous mes yeux la victime se faire enfermer dans la cage de Faraday ou ébouriffer jusqu'au dernier cheveu.

Monica m'entraîne vers l'escalier monumental qui mène au planétarium. C'est ici que j'ai appris ce qu'est l'écliptique, comment tourne la sphère des étoiles et comment se baladent nos voisines les planètes, dont la facétieuse Mars au parcours d'ivrogne. Nous obliquons à gauche vers une salle de mathématique, où trône une sorte de sculpture moderne, matérialisation dans l'espace des « ovales de Cassini ». Juste à côté, mais oui, c'est elle, je reconnais la petite salle de Pi, cette pièce circulaire où sont gravées en spirale les 704 premières décimales du nombre Pi – dont on a dû gratter et corriger une partie dans les années 50.
Un couloir à gauche – tiens, une caméra infrarouge est en train de capter nos chaleurs corporelles -, une porte vitrée à droite et nous débouchons sur un petit amphithéâtre. Devant un public de jeunes incrédules, un opérateur jette sur le sol de pleines giclées d'azote liquide qui aussitôt se vaporisent en fumée.

Un arbre millénaire et un dinosaure plus loin, Monica pousse une porte indiquée « Interdit au public ». Un frisson me parcourt. Me voilà dans les coulisses du Palais. J'aperçois des bureaux, des ordinateurs. Il y a donc des gens qui travaillent ici comme d'autres travaillent à la Poste ou au supermarché? Mais oui, c'est le département de géologie, on y trouve des géologues. Et que font-ils? Ils planchent sur le contenu des expositions, ils donnent les conférences programmées plusieurs fois par jour, ils écrivent dans la revue et sur le site internet du Palais, ils répondent aux demandes du public ou des enseignants... Ce sont des médiateurs - entonnoirs souples et avisés qui acheminent les plus belles oeuvres scientifiques jusqu'à la conscience du visiteur ébloui.

Nous arrivons dans le bureau de Monica. Des piles et des piles de papiers, des cartes épinglées aux murs et, posés jusque dans le plus petit recoin, des cailloux de toutes tailles et des bocaux à confiture remplis de gravier ou de sable, avec mention de lieux et dates. Le nid typique du géologue, probablement. Une petite table ronde permet encore vaguement de se poser.
− C'est donc ici que s'est concoctée toute l'exposition?
− Ici pour le concept scientifique, puis avec différents chercheurs universitaires pour les contenus spécifiques, dans le département de muséographie pour les scénarios pratiques, à Nuremberg pour la fabrication des maquettes, à Boulder, au Colorado, pour la plate-forme vibrante, et à Toulouse pour les bornes interactives.
− Il a fallu coordonner tout ce monde-là?
− Un an et demi de travail.
Quand je pense que mon boulot ne nécessite qu'un bic et du papier, j'ai parfois honte de mener une vie aussi idylliquement abritée des réunions et des coups de téléphone urgents.
Monica termine un courrier, ferme quinze fenêtres sur son écran d'ordinateur, passe dire un mot aux membres de son équipe dans le bureau voisin et m'invite à la suivre:
− Prête pour la visite?
Je vérifie ma check-list: papier? Ok, bic? Ok. On peut y aller.

Je me sens comme la vigie sur un bateau tout près d'apercevoir la côte et qui se racle la gorge avant de crier « Terre! ».